Un blog d'évasion. Le carnet de mes voyages : Irlande, Nouvelle Zélande, thailande, et bientôt japon ! Ainsi que mes essais et une 1ère nouvelle publiée ! Bonne lecture...
Carte de La Route Du Vent, 5ème étape, Abel Tasman National Park : Marahau – Totaranui
L’accès à Totaranui n’est pas une mince affaire. La route est sableuse, escarpée, la pente est raide et les virages serrés. On se demande bien quel genre de petite ville se trouve au bout de ce passage risqué. La réponse n’est pas celle que nous attendions : c’est une impasse qui donne sur un camping ! Pas n’importe lequel cependant, car il est gigantissime et entièrement géré par le DOC. Une intégration parfaite dans de sublimes paysages alentours et un prix ras les pâquerettes : à peine 8 $ / personne ! Il me fait tout de suite penser au camping de Waiheke Island, en 50x plus grand. Et la cerise, c’est que nous sommes quasiment tous seuls dans cette immensité. Nous avons choisi la bonne saison pour venir, car d’après la réceptionniste c’est ultra complet en été et il est même difficile d’apparaître sur la liste d’attente.
Lorsque nous casons le van dans un coin protégé et découvrons la plage du camping, nous décidons sans sourciller de rester deux nuits au lieu d’une. Il y a des opportunités qu’on pait les yeux fermés… La plage est d’une superbe couleur orangée qu’on n’avait jamais vu auparavant. Elle s’étend à perte de vue, il y a de la place pour tout le monde mais il est toutefois difficile de l’imaginer pleine à craquer. Nous explorons quelques recoins mystérieux avant la nuit tombée. (Les photos qui suivent datent du lendemain).
Nous prenons ensuite un apéro ambiance candles dans le van où une fois de plus, Pete le sheep est convié :
Le lendemain matin, nous découvrons les joies de la douche à l’eau glaciale. Le camping possède son propre réseau d’eau potable (filtrée localement) et en profiter pleinement demande beaucoup de courage. Normalement les campeurs amènent leur douche solaire et jouissent de l’eau chaude. Nous n’avons rien et sommes condamnés à souffrir sous les jets glacés.
Après cette toilette qui dure plus d’heures que prévu, nous nous lançons à la découverte des plages des environs via un autre tronçon de la Coastal Track. Le premier point de vue est de loin le plus impressionnant et pour cause il donne sur Totaranui Beach. Remarquez à quel point le camping est fondu dans le décor… on ne le voit absolument pas ! Sympathique n’est ce pas ?
Devant cette scène, je ne peux m’empêcher d’imaginer un sombre processus de défiguration de cette merveille sauvage. Afin d’illustrer mon propos, je vais vous faire part d’un récit imagé.
Tout d’abord, un bourge qui explorait les environs sur son yacht découvre complètement par hasard une plage inhabitée :
Il ne peut s’empêcher de faire part de sa découverte à ses amis bourges, qui à leur tour s’y rendent pour prendre du bon temps (et ce sans mettre le pied à terre, c’est tellement mieux d’être sur son yacht !)
L’existence de cette plage merveilleuse ne tarde pas à arriver aux oreilles d’un promoteur immobilier. Il s’empresse d’acheter le terrain pour une bouchée de pain aux autorités locales qui n’ont que faire d’une plage de moins. Il l’appelle Angel Bay et y fait ensuite construire un hôtel de luxe, qu’il nomme La Marina comme sa bien aimée. Ce paradis touristique connaît un succès immédiat, avec de nombreux touristes aisés affluant du monde entier. La plage est recouverte de larves bronzantes, la mer de Jet Ski tonitruants.
La réputation de La Marina attire de nombreux investisseurs immobiliers. La construction d’appartements explose littéralement, en un temps record des dizaines d’immeubles se dressent en lieu et place d’un bush inhospitalier. Les retraités, qui ne peuvent rêver d’un meilleur endroit où finir leur vie seigneuriale, s’y installent en masse.
Afin de faciliter le transit des vieillards supportant mal les chavirements des bateaux, un aéroport est construit à même l’eau, faisant sauter au passage un riche écosystème de coraux.
Un scientifique en vacances et en manque de recherche scientifique découvre lors d’une étude de sismicité « pour le fun » (qui se sépare de son sismographe en vacances ?) une réponse singulière de la roche à 1km de profondeur. Du pétrole !!! Il se rend tout de suite chez BP pour faire part de sa trouvaille et ainsi s’assurer d’une sécurité financière via quelques parts dans la compagnie. Le scientifique est mystérieusement porté disparu tandis que BP clame la découverte d’une importante nappe de pétrole à Angel Bay et y installe deux plates formes pétrolières en moins de deux.
La suite, vous la connaissez… car tout cela a des airs de French Riviera avec une touche de Golfe du Mexique !!! J’espère que ce scénario catastrophe ne s’appliquera jamais à la Nouvelle Zélande, qu’elle restera toujours une terre majoritairement inhabitée et épargnée du massacre urbain.
Revenons-en à nos plages vierges…
Nous arrivons à la stupéfiante Goat Bay, un véritable canyon de sable de 4 mètres de haut, creusé par une large rivière qui se jette dans la mer dans un tourbillon d’écume :
Bon, en fait ce n’est qu’une simple macro que j’ai réalisé d’un petit pissou qui traverse nonchalamment la plage dans un sillon qui fait penser à un mini-canyon… L’échelle n’est pas vraiment la même mais avouez que ca fait son petit effet non ?
Voilà la « décevante » réalité de la bay de la chèvre :
Nous apercevons quelques auteurs du tapage en concerto symphonique, dont un gros pigeon coloré :
Un bossu bariolé en observation béate du pigeon :
Ainsi qu’un couple d’oiseaux noirs à long bec orange. Ceux là se prélassent toujours en couple sur la plage, et dès que des humanoïdes sans manière débarquent sur leur lieu de méditation, ils se mettent à pousser des cris stridents avant de s’éloigner quelques mètres plus loin. Notez que leur long bec leur sert à ouvrir les huitres et se régaler du flasque contenu, et ce sans sauce citronnée.
Le chemin oscille entre jungle côtière et belles plages, jusqu’à atteindre Awarena Inlet, une longue crique qui s’enfonce profondément dans les terres. La marée est haute lorsque que le soleil est au zénith. Il faut attendre patiemment qu’elle se retire pour traverser. Nous n’avons pas cette patience, de toute façon nous avons déjà beaucoup marché et nos ventres crient famine.
Nous revenons sur nos pas et passons une bonne partie de l’après midi dans le van, à prendre du bon temps et siester…
A notre réveil, le soleil commence déjà à se retirer ! Il faut préparer la soirée. C'est-à-dire changer le « mobilier » de place pour mettre le van en mode « living room ». J’en profite pour faire une parenthèse sur la difficulté du van management dans un espace aussi petit. A vrai dire, nous sommes devenus complètement fous à la fin du séjour. Pour des gens aussi flémards et mal organisés que nous, la gestion d’un tel espace est exténuante. Lorsque l’on veut dormir, il faut transférer les milliers de sacs sur les sièges avant, puis on s’aperçoit que l’on a oublié d’avancer les sièges pour gagner de l’espace. On ne veut pas sortir dehors, car à ce moment là il fait trop froid et humide et on n’a pas envie de se chausser. Il n’est donc pas rare de se retrouver la tête dans les sacs, en mode apnée et galipette, battant des pieds et tâtonnant des mains pour trouver le mécanisme d’avancée des sièges. Idem pour la bouffe et le matériel de cuisine. La pitance est stockée dans des rangements au sol sous les matelas. Pour se servir, il faut donc soulever les matelas préalablement vidés (chose qu’on ne fait jamais) et pick up les aliments. On n’oublie toujours un ou deux éléments basiques, comme de l’huile ou du sel, il faut donc réaménager et replonger une demi-heure après, alors que tout était en place pour cuisiner inside. Je ne parle même pas du PQ où des clés de voiture, objets si insignifiants mais hautement importants de la vie quotidienne, qu’on fourre toujours n’importe où afin de ne jamais les retrouver !
J’ai passé plus de temps à gesticuler dans tous les sens, me fourrer dans des profondeurs abyssales d’affaires où l’oxygène est y absent, le noir y est total et un écosystème de monstrueux insectes anaérobies s’y est développé, ou encore à soulever des matelas de 500 kg le temps de trouver une petite cuillère ; qu’à me reposer dans ce foutu micromachine qu’on appelle van !!!!
Ouf ! Ça fait un bien fou d’évacuer…
Je finirais sur le fait que Totaranui ça déchire grave et qu’on en a encore profité le lendemain en faisant du foot matinal sur la plage et shootant sur les mouettes… Il en faut peu pour être heureux ! Malheureusement car il y a toujours un malheureusement, notre bonheur tout au long du séjour à Abel Tasman n’a égalé que notre frustration car il était impossible de mettre le pied dans l’eau pour deux raisons : d’innombrables méduses aliens sondaient la surface de l’eau à la recherche d’orteils à bousiller et une température arctique qui glace le sang. C’est un comble pour une plage si magnifique ! La Nouvelle Zélande n’est définitivement pas l’idéal des baigneurs et c’est ainsi que nos tubas et maillot de bains ont fini au black market polynésien…
Last destination of our windy trip: Golden Bay !