Un blog d'évasion. Le carnet de mes voyages : Irlande, Nouvelle Zélande, thailande, et bientôt japon ! Ainsi que mes essais et une 1ère nouvelle publiée ! Bonne lecture...
Carte de Tongariro National Park
4 bonnes heures de route séparent Wellington du Tongariro National Park. Entre les deux, seule la région de Wellington mérite le coup d’œil avec ses collines d’un vert éclatant et ses falaises au bord de mer. A part ça il n’y a que des fermes, des sheep et des cows comme au Canterbury, voire la grande majorité des territoires de Nouvelle Zélande hors parcs nationaux…
Lorsque l’on arrive en vue du Mont Ngauruhoe, le plus grand des 3 volcans qui s’élèvent du Tongariro National Park, le décor alentours change radicalement. La verdure laisse place aux grandes herbes sèches beiges et rouges, le ciel se couvre d’un voile épais et oppressant. A l’horizon, le cône parfait de Ngauruhoe trône et menace ceux qui le dévisagent.
Profitez bien de cette vue, car nous ne verrons plus ce sommet mythique par la suite…
Nous logeons dans un camping du DOC, tout ce qu’il y a de plus simple et abordable (4 $ la nuit, c’est dire…) avec ses terrains accidentés et en pente. La nuit est rude pour nos dos peu habitués à un tel déconfort (il faut dire que nous n’avions pas sorti la Queshua depuis une éternité, la preuve d’une croissance exponentielle de notre niveau de vie.) Les quelques fellas qui dorment non loin sont tous venus pour la même raison : le Tongariro Alpine Crossing, un trek d’une journée qui parcoure les flancs et les crêtes des volcans du parc. La marche est longue et se fait dans un sens, les compagnies touristiques en profitent pour proposer des navettes onéreuses pour ramener les marcheurs à leur point de départ. Nous ne mangeons pas ce pain là, et optons pour un aller retour à pieds jusque là où ils daignent nous mener (en plus d’une paresse légendaire qui nous empêche systématiquement de nous lever aux aurores.)
La marche commence dans un vallon à peu près fertile où des écosystèmes marécageux subsistent autour d’un petit ruisseau apparemment clair.
Mais bientôt la teinte de l’eau vire à l’orangée puis au jaune vif, la végétation disparaît et les rochers s’assombrissent. Autant de signes alertant les randonneurs qu’ils foulent les coulées d’éruptions fréquentes, dont la dernière est encore chaude (1977). Ngauruhoe est un volcan relativement récent et c’est également le plus actif du pays ! Il est considéré comme sacré chez les maoris, qui l’ont offert avec les cratères de Tongariro et Rapehu aux colons à condition qu’ils créent une aire de protection et qu’ils ne les exploitent pas. Le premier parc national de Nouvelle Zélande était né.
Malgré le risque d’éruption écarté la veille par le DOC, nous ne sommes pas rassurés. Nous avons bien vécu un séisme de magnitude 7.1, pourquoi pas une éruption volcanique dans la foulée ? C’est avec cette inquiétude que nous grimpons les flancs du volcan, recouverts des résidus des coulées pyroclastiques, ces mélanges de gaz brûlants, lave incandescente et roches solides qui dévalent les pentes à des vitesses atteignant les 100 km/h lors des éruptions… Malgré les panneaux indiquant un chemin à peu près safe à emprunter en de telles circonstances, on ne peut s’empêcher d’évaluer nos chances de survie à zéro…
A mesure de l’ascension, l’atmosphère si étrange et oppressante et les paysages de désolation font leur effet. Nous avons l’impression de quitter la Terre et d’atterrir sur une planète lointaine où la vie ne peut se développer. Lorsque nous atteignons le premier plateau où se mêlent terre ocre, neige et volutes de fumées, la transition est définitive. Nous errons tels des âmes esseulées sur des territoires inhospitaliers, l’air chargé de souffre ne tardera pas à nous faire suffoquer.
Le voyage ne se termine pas pour autant. Avec une détermination et un goût pour la vie redoublés d’intensité nous contournons Ngauruhoe et faisons cap vers un cratère adjacent plus accessible. La variété et la profondeur des couleurs frappent. Le rouge vif du Red Crater nous téléporte instantanément sur Mars.
Nous arrivons au point culminant du trek. La vue panoramique sur les 3 lacs Emeraudes brûlant d’un bleu turquoise éclatant, sur le Blue Lake complètement gelé au loin, ainsi que sur les différentes vallées modelées par les éruptions successives nous somme d’arrêter là l’exploration extra-planétaire et de contempler.
Le retour est long et douloureux. J’ai choppé à 1600m d’altitude un virus souffreux inconnu qui détruit petit à petit mes sinus. Une morve de texture peu commune coule abondamment de mes narines, couvrant d’abord ma bouche puis mon menton et mon cou. L’absence de pharmacie à des kilomètres à la ronde me laisse entre les mains du destin. La seconde nuit de camping est l’une des pires que j’ai pu vivre, alternant entre mouchages intempestifs, étouffements et crises de claustrophobies sous la tente. Marine assiste impuissante à ma destruction physique et mentale jusqu’au petit matin, où je montre encore des signes de vie miraculeux. Au petit déjeuner, les regards des campeurs voisins sont chargés de haine à mon égard, seul responsable du boucan nasal et de leur insomnie.
Pour en avoir atrocement souffert, je suis bien placé pour vous délivrer ce message d’alerte terrestre : les simples humains peu préparés à l’exode vers Tongariro en payent le prix fort ! Equipez-vous de polaires et masques à oxygène !