Un blog d'évasion. Le carnet de mes voyages : Irlande, Nouvelle Zélande, thailande, et bientôt japon ! Ainsi que mes essais et une 1ère nouvelle publiée ! Bonne lecture...
Vous vous demandez bien quelles peuvent être les sensations procurées par un earthquake magnitude 7.4 qui vous prend par surprise à 4h du mat dans le plus profond des sommeils…
Eh bien… c’est comme la pire attraction de Luna Park sans barre de sécurité. La secousse est vraiment extrême ! On ne comprend pas trop pourquoi on est violemment balloté d’un bout à l’autre du lit, en tenant fortement sa compagne et en criant à tue-tête « Je suis là, je suis là, je suis là ! » avec un ooooh en crescendo. La première vague est longue. On ne sait pas pendant combien de temps on est secoué comme des spaghettis dans une passoire, en essayant de garder un semblant d’équilibre afin de ne pas tomber hors du lit. Heureusement que nous sommes couchés. J’imagine à peine les pantins que nous serions si nous étions debout.
Lorsque la première vague passe, nous sommes complètement abasourdis. Marine me dit : « soit c’est un tremblement de terre, soit on est cambriolé ! » J’opte pour la première proposition, il faudrait vraiment que les voleurs soient les moins discrets du monde pour faire un boucan pareil ! De mon côté, je prends les centaines d’alarmes des voitures pour des cris d’oiseaux. Sous un tel choc, on a chacun nos divagations…
Nous nous levons rapidement. Les lumières ne marchent plus. Nous avançons à tâtons dans une totale obscurité. Arrivés à la cuisine, nous tombons sur la grosse armoire renversée en travers, déversant les vivres et la vaisselle dans un vacarme continu. Elle nous barre le chemin vers la sortie, aussi nous la soulevons avec un ultime effort. Pressée de sortir, Marine marche nus pieds sur le verre brisé. J’ai la présence d’esprit de mettre mes shoes et de prendre les siennes.
Dehors, seules les alarmes des voitures retentissent. Marine va taper chez la voisine afin de s’assurer qu’elle et sa fille vont bien. Elles sortent saines et sauves, la petite en pleurs. Pas de gros dégâts chez elles.
Une seconde frayeur survient. La peur du tsunami, qui suit communément un tremblement de terre. Déjà, les premières voitures roulent vers les Port Hills, les seuls points en altitude de Christchurch. Il faut qu’on sache si oui ou non l’alerte tsunami est lancée. Nous ne pouvons pas prendre la route dans de telles conditions sans savoir si cela en vaut la peine. On cherche une station sur la radio de la voiture de la voisine. Nous captons heureusement une onde où l’information de crise transite. Rapidement, le risque tsunami est écarté. Ouf ! Nous préparons toutefois des affaires d’urgence dans la jeep, au cas où… camping gaz, tente, sleeping bag, bouffe, eau… Nous échangeons des textos avec les amis et les proprios pour savoir si tout va bien. Tout le monde a l’air OK. Le voisinage rapplique, fait part des émotions. Un père et son bébé sont complètement désemparés, car le sol de leur maison s’est fêlé. Un kiwi rit nerveusement « It was a hell of a shake ! » et nous apprend que c’était le plus puissant earthquake qu’il ait connu depuis 70 ans… Ce n’est pas le premier, en tout cas !
Le jour se lève. Les proprios nous rendent visite pour checker les dégats. « Welcome to New Zealand ! » nous assènent-ils. Ils sont rassurés de voir qu’il n’y a pas de gros dommages. De multiples fissures sont apparues à l’intérieur de notre chambre et dans le couloir, mais seulement une parait plus profonde. A l’extérieur, aucune trace de fracture. Ils sont très étonnés de voir qu’on a encore de l’eau, les seuls à Christchurch d’après eux. Nous sommes reliés à un réservoir, de quoi tenir quelque temps ! Mis à part le bordel causé par l’armoire de la cuisine et l’eau des chiottes qui s’est barré de son socle, nous avons eu beaucoup de chance !
D’autres ont été moins épargnés, il parait que dans notre rue tous les magasins sont ravagés (à part celui du proprio !) Nous décidons de faire un tour en vélo pour voir les dégâts. Les vieilles bâtisses ont le plus souffert. Des toits effondrés, des murs de briques en morceaux, des voitures écrasées, des morceaux de route enfoncés, des canalisations d’eau sectionnées et abondement fuyantes. Ce n’est cependant pas le chaos total auquel je m’attendais, les destructions sont très éparses et toutes les maisons habitées ont plutôt bien tenues. Nous qui critiquions la pauvre qualité des constructions, nous sommes maintenant convaincu de leur grande flexibilité face aux tremblements de terre !
Je vous met tout d'abord une vidéo qui décrit bien la découverte du désastre d'un quartier sinistré 30 minutes après la première vague :
Nous nous arrêtons sur Cathedral Square, la place centrale de la ville, qui semble-t-il a été totalement préservée des secousses. Tous les immeubles se dressent fièrement et la cathédrale resplendit au soleil. Le temps est idyllique, comme pour nous rassurer après la tempête. Les gens déambulent sereinement, un demi-sourire de béatitude sur leur visage. Heureux d’être en vie, alors que la nature en avait peut être décidé autrement. Chacun a vécu la catastrophe dans son lit avec ses émotions propres et l’heure est maintenant à la paix. On prend le soleil une bonne heure, dans cet état comateux d’after panique.
A notre retour je découvre avec amusement un coquillage affublé du mot « Jesus » dans la boite aux lettres. Quelques églises locales en profitent pour ramener les miraculés sur la Jesus Road. Je garde le présent, rien que pour l’effort de calligraphie.

Sans électricité, nous revenons aux sources du camping et cuisinons au gaz sur la terrasse. Ca sentirait presque l’été !
Après le grand ménage du foutoir de la cuisine, nous nous écroulons sur le lit, harassés par l’éprouvante matinée. Comme pour nous empêcher de nous reposer, les secousses reprennent. Moins fortes heureusement, mais à intervalles courtes et à magnitude irrégulière. Marine sursaute et se lève à chaque tremblement, aux aguets d’une montée en puissance. Elle ne parvient pas à dormir et quitte définitivement le lit. De mon côté, je fais la sieste comme une marmotte !
Une secousse plus forte que les autres me réveillent. Décidément, le bordel n’est pas terminé ! Elle passe, sans plus de tapage. J’ai la surprise au réveil de voir que le courant était revenu ! Quelle chance, nous ne passerons pas la soirée dans le froid et isolé du monde ! Pour un tel séisme, je trouve que la ville de Christchurch s’en sort très bien avec l’électricité rétablie dans 90% des foyers à peine cinq heures après ! Marine en a profité pour mettre tout le monde au courant sur Facebook, en postant les photos et un article perso.
Les after shocks reprennent de plus belle lors de la soirée. Ils sont prévus jusqu’à magnitude 6 et ce pendant au moins une semaine… Avec la nuit tombée, l’angoisse renaît. Nous nous préparons à recevoir de nouveau un éventuel gros séisme, aussi nous préparons des sacs de survie dans la voiture, mettons la vaisselle à terre, couchons l’armoire de la cuisine, plaçons les lampes frontales et la radio (via les lecteurs MP3) près du lit.
Après avoir discuté avec nos parents, nous nous couchons anxieux. C’est autre chose de savoir que le danger est réel, que la nature peut décider du moment où elle nous transformera en fétu de paille et plus particulièrement lorsque nous serons complètement sans défense. Il est difficile de fermer les yeux, chaque secousse nous ramène sur le qui vive, en proie à la peur de revivre la nuit précédente. Marine ne dort quasiment pas de la nuit. J’y parviens sans trop de mal, bercé par les mouvements du sol.
Le lendemain matin, nous nous réveillons rassurés. Les tremblements n’ont pas atteint la magnitude 6. Ils sont cependant encore présents, à croire qu'ils feront partie de notre quotidien durant les jours à venir... Nous sommes toujours en situation de crise, car l’eau courante n’est pas rétablie. Nous économisons au maximum notre réservoir en ne tirant plus la chasse des chiottes et avons même préparé une litière pour chier :
… que nous balançons dans le jardin par la suite !
Pour se changer les idées, nous partons cet après midi vers une ferme chevrière tenue par une copine de Marine qui a perdu sa maison dans le séisme… Tout le monde n’a pas eu la même chance… Elle avait organisé depuis longtemps une journée porte ouverte pour faire goûter ses nombreux fromages, nourrir les chèvres et donner le biberon aux baby goats. Ce petit interlude nous fait le plus grand bien ! Et nous revenons le sac chargé de 3 excellents fromages, un plaisir rare…
A l’heure où je vous écris, les after shocks ont grandement diminués, je n’en ai pas senti un depuis quelques heures. Le danger rôde encore, alors nous gardons notre configuration de survie. Je ne sais pas si je vais aller au boulot, ça dépend surtout de ce que conseille la cellule nationale de crise et des dégâts aux bureaux… Je vous tiendrais informé de l’évolution des évènements via cette page. Nos aventure en Nouvelle Zélande continuent !!!
Une petite vidéo pour décompresser :
Earth anger.